Actionnaire-dirigeant : salaire, dividendes et avantages; votre rémunération est-elle toujours optimale?
Pour l’actionnaire-dirigeant d’une petite ou moyenne entreprise (PME), se rémunérer ne consiste pas simplement à retirer des fonds de la société. Le choix entre un salaire, un dividende, un boni (prime) ou le maintien des bénéfices dans l’entreprise peut avoir des effets importants sur l’impôt, la retraite, les liquidités et la relève.
- En 2026, plusieurs paramètres méritent une nouvelle analyse. Une stratégie qui convenait il y a quelques années, ou même l’an dernier, n’est pas forcément la meilleure aujourd’hui.
Salaire ou dividendes : il n’existe pas de réponse universelle
Le salaire et les dividendes ne produisent pas les mêmes résultats, et le meilleur choix dépend entièrement de votre situation.
- Le salaire est déductible pour la société et constitue un revenu gagné pour l’actionnaire. Il permet de créer des droits de cotisation au Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) (l’année suivante, sous réserve des plafonds applicables) et de cotiser au Régime de rentes du Québec (RRQ), mais il entraîne aussi des retenues à la source et des cotisations d’employeur.
- Le dividende, quant à lui, ne crée pas de droits REER et n’est pas assujetti au RRQ. Il peut être avantageux lorsque l’actionnaire a déjà accumulé des droits de retraite suffisants, souhaite alléger ses charges salariales ou a simplement besoin de liquidités personnelles. Son traitement fiscal varie selon le type de dividende versé, la situation de la société et le revenu personnel de l’actionnaire.
- Souvent, la meilleure approche est une combinaison des deux. Avant de prendre une décision, il faut notamment considérer :
- Les besoins personnels et familiaux en liquidités.
- Les droits REER souhaités.
- L’incidence des cotisations au RRQ.
- Les bénéfices de la société et les investissements prévus.
- Les placements détenus par la société et le revenu de placement qu’ils génèrent.
- Les comptes fiscaux de la société.
- Le revenu du conjoint et des autres membres de la famille.
- Le plan de retraite, de relève ou de vente de l’entreprise.
Une décision qui touche aussi votre retraite
Se verser un salaire permet de cotiser au RRQ et peut accroître le revenu de retraite futur. En 2026, le maximum des gains admissibles au RRQ est de 74 600 $, et le maximum supplémentaire des gains admissibles est de 85 000 $. Pour certains dirigeants, les cotisations constituent une charge à limiter. Pour d’autres, elles sont une façon de se constituer un revenu de retraite garanti et indexé.
- L’intérêt du salaire ne se résume donc pas au coût des cotisations; il doit être évalué en fonction de vos objectifs personnels, de votre âge et de votre horizon de retraite.
Et la pension de la Sécurité de la vieillesse?
- La façon dont vous vous rémunérez peut aussi influencer votre pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) une fois à la retraite. Cette pension fédérale fait l’objet d’un impôt de récupération lorsque le revenu net dépasse un certain seuil, estimé à 95 323 $ pour l’année de revenu 2026. Au-delà de ce montant, la PSV est réduite de 0,15 $ pour chaque dollar de revenu excédentaire, jusqu’à l’élimination complète de la pension, à un niveau de revenu qui varie notamment selon l’âge et le montant de pension reçu.
- Or, les dividendes peuvent avoir un effet inattendu sur ce calcul. En raison du mécanisme de majoration fiscale, un dividende « majoré » est comptabilisé à un montant plus élevé que la somme réellement reçue aux fins du calcul du revenu net. Un actionnaire qui retire principalement des dividendes pourrait donc voir son revenu net aux fins de la récupération de la PSV augmenter plus rapidement que les liquidités réellement encaissées, ce qui peut déclencher, ou accentuer la récupération de la PSV une fois à la retraite. À l’inverse, un salaire, bien qu’il crée des cotisations au RRQ, n’est pas soumis à cette majoration. Ce facteur devient particulièrement important à mesure que vous approchez de l’âge de la retraite, et il justifie une planification qui regarde au-delà de l’année en cours.
Attention aux avantages accordés à l’actionnaire
Il est fréquent qu’une société paie certaines dépenses liées à son actionnaire-dirigeant : automobile, téléphone, assurances, repas, logement, voyages ou autres frais personnels. Or, lorsqu’une dépense procure un avantage personnel, elle peut devoir être incluse dans le revenu de l’actionnaire. Ces avantages peuvent également entraîner des obligations de retenues à la source, de production de feuillets et, dans certains cas, selon la nature de l’avantage, des conséquences en matière de TPS et de TVQ peuvent également devoir être examinées. L’utilisation personnelle d’une automobile détenue ou louée par la société est un exemple classique qui mérite une documentation rigoureuse.
- Une révision périodique des dépenses payées par la société aide à prévenir les corrections coûteuses lors d’une vérification fiscale.
Dividendes versés à la famille : documenter la participation réelle
Le versement de dividendes à un conjoint ou à des enfants majeurs ne doit pas être automatique. Les règles sur l’impôt sur le revenu fractionné (IRF) peuvent faire en sorte que certains dividendes soient imposés au taux maximal.
- Lorsqu’un membre de la famille reçoit une rémunération ou des dividendes, il est important de pouvoir démontrer son apport réel à l’entreprise : tâches effectuées, responsabilités, heures consacrées et niveau de participation. Un salaire versé à un membre de la famille doit être raisonnable au regard du travail accompli. Pour un dividende, il faut plutôt vérifier l’application possible de l’impôt sur le revenu fractionné et de ses exclusions. Une rémunération raisonnable, appuyée sur une documentation claire, est essentielle.
Prêts à l’actionnaire : une solution temporaire qui doit le rester
Les avances et prêts consentis à un actionnaire doivent être suivis attentivement. Selon les circonstances et les délais de remboursement, un prêt peut être ajouté au revenu imposable de l’actionnaire.
- Avant la fin d’exercice, il est donc prudent de revoir le compte « avances à l’actionnaire », de distinguer les dépenses d’entreprise des dépenses personnelles et de planifier tout remboursement requis.
Une baisse d’impôt pour les PME : une occasion de revoir sa stratégie
Pour les années d’imposition qui commencent après le 29 avril 2026, le taux minimal québécois applicable au revenu admissible à la déduction pour petite entreprise passe de 3,2 % à 2,2 % (sous réserve de satisfaire aux conditions québécoises d’admissibilité, notamment celles relatives aux heures rémunérées ou aux activités des secteurs primaire et manufacturier).
Cette baisse peut rendre plus attrayant le maintien d’une partie des bénéfices dans la société. Toutefois, il faut éviter de prendre cette décision uniquement en fonction du taux d’impôt corporatif. Le plafond des affaires peut être réduit en présence de revenus de placement passif importants ou lorsque le capital versé, au Québec, ou le capital imposable utilisé, au fédéral, dépasse les seuils applicables.
- Une analyse annuelle permet de déterminer si les sommes devraient être conservées dans l’entreprise, investies, versées sous forme de rémunération ou utilisées dans le cadre d’un plan de retraite plus structuré.
À l’approche de votre fin d’exercice
- La fin d’exercice est le bon moment pour revoir votre rémunération avant que les décisions ne soient figées. Une prime, un salaire à payer ou un dividende n’ont pas les mêmes conséquences fiscales ni les mêmes exigences administratives.
Notre équipe peut vous aider à analyser votre situation et à établir une stratégie qui tient compte de votre entreprise, de vos besoins personnels et de vos objectifs à long terme.
Pour en savoir davantage, contactez notre service de fiscalité au 1 866 833-2114 ou via le formulaire de contact.
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